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Première Soirée Cogito - S'aimer soi

Ce 30 novembre 2024, nous avons ouvert notre première Soirée Cogito: une soirée lecture, papotages et réflexions chez l'habitant•e. Olivier Bonjour lit un texte de Paul k. et les personnes présentent peuvent y réagir, se questionner, poser des questions, être d'accord, pas d'accord, apprendre de l'autre, échanger, comprendre, etc. Le texte de Paul k. s'appelle "S'aimer soi". Bonne lecture :)

S'aimer soi

Ce soir donc, je vais vous lire ce texte que je tiens entre les mains, et vous pourrez intervenir ou non, selon vos élans, pour répondre aux interrogations qui le parcourent. 

Merci de votre présence et de votre attention...


Les soirées Cogito…

C’est ce soir la première, et j’aimerais poser les bases… même si ces bases pourront évidemment évoluer au fil du temps et des soirées. 


Nous allons donc commencer par ceci : ici, il sera primordial de « s’aimer soi en premier lieu ». 


« S’aimer soi, en premier lieu. »


J’imagine que certains et certaines pourraient s’interroger sur l’expression qu’est : « s’aimer soi en premier lieu ». 

Étrange requête... 

Ce n’est pas le genre d’invitation qu’on se voit généralement proposer de manière aussi frontale, dans quelque assemblée que ce soit, en tout cas qu’on a pu vous et moi, je crois, fréquenter jusqu’ici ; qu’elles soient professionnelles, amicales ou familiales. 

Je peux évidemment me tromper. 

Pour moi pourtant, cette invitation, semble essentielle. Je crois même que j’aimerais, au fond de moi, qu’elle devienne la pierre angulaire de ces soirées Cogito et plus si affinités:


« S’aimer soi en premier lieu. »


Bon, que signifie cette invitation, et qu’entraîne t’elle surtout ? Si toutefois elle est acceptée et mise en œuvre, ce qui n’est pas forcément évident j’en conviens. 


Pour commencer, on pourrait avoir facilement l’impression que « s’aimer soi en premier lieu », sonne un peu égocentré sur les bords : 

(ton teinté de sarcasmes) « Il s’agirait peut-être quand même de penser un peu aux autres d’abord, non ? » 

HA ! Je l’entends cette phrase, ou un équivalent de cette phrase, résonner dans mon expérience d’être humain qui a traversé un bon petit pan de vie déjà. Via des parents, via des professeurs, en somme via des autorités extérieures. Après je vais être honnête, cela n’a été dit, quasiment jamais dans un élan de malveillance, au contraire. Je ne dirais pas non plus que c’était forcément dans des élans de bienveillance, disons plutôt de bienséance, ce qui n’est pas la même chose.


Mais ça veut dire quoi, « s’aimer soi », pour commencer ? 

Est-ce si horrible que ça ?

Ça consiste en quoi ? Je veux dire, véritablement.


« S’aimer soi en premier lieu », au-delà de ce que cela semble évoquer au premier abord, un peu péjorativement, si on décortique le sens des mots, ça veut dire, éprouver de l’amour pour soi-même, d’abord

Et je pose une autre question dans la foulée : « Est-ce que ce n’est pas quelque chose de si évident, de tellement sous notre nez, qu’on le néglige toutes et tous, et de ce fait qu’on y accorde pratiquement aucune attention ? »

Certains ou certaines m’assureront que non, mais une nouvelle interrogation s’imposera alors : « C’est quoi l’Amour ? » 


D’après une définition que j’ai pu trouver sur internet ce serait ceci : «Amour : attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être éprouve pour un autre être, auquel il est uni ou avec lequel il cherche à s'unir par un lien généralement étroit. »


Pourquoi pas, même si ça semble effectivement un peu étroit, pour ce mot qui sent quand même fichtrement l’absolu dans ce qu’il dégage. 


A mon tour je vais tenter d’élaborer une petite définition plus ou moins imagée de ce que je ressens être l’amour. 


L’amour ce serait une sorte d’énergie pure qui lie tout et qui n’a pas de contraire. 


Et là on va s’empresser de me dire : « Bah si ! La haine ! L’indifférence ! » 

Oui, pour la définition du Larousse ou du P’tit Robert. Mais la haine et l’indifférence, si on regarde bien, si on est attentif, c’est de l’amour qui peine un tantinet à s’exprimer, non ?

En fait, l’amour est partout, la chose est, qu’il est souvent troublé par la peur, et de ce fait, on pense qu’il est absent, voir inexistant. 

Alors que l’amour est comme le soleil, quand le ciel est couvert, il est toujours là, présent derrière les nuages. Et même quand c’est difficile, voir impossible à avaler, et là je parle bien sûr autant pour l’amour que pour le soleil. Demander à un marin breton en pleine tempête force 12, ce qu’il en pense. Et évidemment on pourrait citer bien d’autres exemples encore plus tragique à l’échelle humaine. 


Si une personne ici a envie de poser son sentiment et/ou des mots sur ce qu’est l’amour pour lui ou pour elle, je vous en prie (…)

 

Admettons qu’avec tout ce qui a été évoqué à son sujet, on s’accorde sur l’idée sublime de ce qu’est l’amour

Penchons-nous maintenant sur le : « s’aimer soi ». 

Vaste programme :


- Qui est capable ici, de dire qu’il s’aime ? ... Et d’un amour vrai.


- Qui parvient à repérer ces petits moments fourbes, durant lesquels survient du désamour pour sa propre personne ? 


- Qui a l’honnêteté, car je crois que c’est de cela dont il s’agit, l’honnêteté de voir que durant ces moments, il ou elle se néglige : par facilité, par convenance, par habitude, par intérêt, par faiblesse ou que sais-je encore.


C’est fou comme dans le vie, on a pris l’habitude de ne pas se choisir. Et on le fait sans s’en rendre compte, c’est une seconde nature chez la plupart d’entre nous.


Un exemple : c’est le moment des élections et vous avez été désigné pour être assesseur ou assesseuse. Vous avez vraiment pas envie de le faire, vous préféreriez évidemment passer votre journée avec vos enfants, qu’en plus vous ne voyez que trop rarement à cause d’un boulot qui vous éloigne de votre foyer et que vous n’appréciez même pas. Vous cumulez un peu apparemment. Et en plus le sort s’acharne, puisque c’est sur vous qu’est tombé « le devoir citoyen ». Le jour J, vous arrivez au bureau de vote et bien sûr il y a d’autres gens comme vous, plus ou moins contents d’être là. Vient alors le moment de répartir les postes. Le truc c’est que vous êtes trop et qu’il va falloir choisir qui reste et qui peut repartir… libre. Évidemment, personne ne se désigne, ce serait trop simple. Très vite une sorte de petite tension, palpable, grimpe dans l’assemblée. Les gens se regardent un peu en coin, mi figue-mi raisin, on sait pas qui pense quoi. Qui va devoir rester ? Qui va pouvoir partir ? Suspens et roulement de tambour. Les responsables du bureau qui perdent un peu patience, se décident à balancer un peu de pression sur le groupe. Pas fins pour un sou, à grands coups d’arguments citoyens bien sentis ! 

Et ce qui devait arriver arrive. 

Alors que vous ne rêver que d’une chose, c’est rentrer profiter pour une fois de vos gamins, « vous demandez pas grand-chose tout de même ! » Eh bah vous craquez, lamentablement, en premier, levant la main timidement… par facilité. Mais on pourrait dire aussi, par faiblesse, ou par convenance, c’est au choix.  


Il y a bien d’autres moments où l’on ne se choisit pas, quand on s’achète une bouteille de mauvais vin par radinerie par exemple. Autant ne rien acheter, je vous le dis. Pareil pour la bouffe. En fait on pourrait dire, d’une façon générale, que ça arrive quand on se fout quelque chose de mauvais pour soi dans le cornet. Et on pourra trouver toutes les excuses possibles et imaginables, ce sera toujours une agression qu’on se fait subir gratuitement, une petit flagellation et avec le sourire… sourire jaune, mais quand même.

Je continue sur les exemples, quand on veut rentrer chez soi, parce qu’on est claqué après une semaine de boulot harassante et qu’on ne parvient pas à dire non à des amis qui veulent absolument aller boire un verre. On peut facilement passer pour un ou une rabat-joie. Et pour celui ou celle qui est parvenu à surpasser l’épreuve des amis et à rentrer ce n’est pas fini, non non détrompez-vous ! Car bien souvent au lieu d’aller se coucher paisiblement pour se gratifier enfin du repos tant attendu et nécessaire de surcroît, et bien il ou elle se laisse aller à rester une partie de la nuit devant des séries ou autres choses envoûtantes sur la toile, histoire de malgré tout « profiter un peu ». 

Il y a aussi quand on est en couple et que l’on ne ressent plus d’amour pour l’autre, mais que l’on ne parvient pas à lui avouer. Alors on reste pour ne pas le ou la faire souffrir. Un argument moyennement convaincant je crois, mais très usité. J’ai duuuu...moi-même,… passons !


On a toutes et tous des exemples à donner n’est-ce pas ? Allez-y c’est le moment et comme ça on peut s’éclairer les uns les unes les autres sur nos visions de ce que c’est de ne pas se choisir.

(...)


Bon.

Alors parfois effectivement, on pourrait avoir l’impression que, « ne pas se choisir », c’est la chose à faire. « Pour protéger l’autre », ou parce que « Ô noble devoir citoyen », ou parce qu’« on sait jamais, on pourrait rater kékchoz », ou que « je dormirai quand je s’rai mort » - J’avoue je n’ai plus vraiment l’âge pour celui-ci. - Ce sont des arguments, qui peuvent se tenir, oui oui ! 

Mais on pourrait aussi simplement se choisir,... sans culpabiliser !

Parce que oui, la culpabilité c’est le petit truc, pas si petit que ça on est d’accord, et qui fait que, bien souvent, on ne parvient pas à se choisir. Dans tous les exemples que j’ai évoqué, la culpabilité, à un moment ou à un autre, vient toquer poliment à la porte de celui ou celle qui, irrémédiablement, ne va pas se choisir.

- L’assesseur l’assesseuse, se dit qu’y a peut-être aussi d’autres gens qui veulent rentrer chez eux et que pour eux c’est peut-être plus vital que juste voir ses enfants qu’il ou elle reverra en plus ce soir et après dans 3 semaines, et qu’au moins il ou elle a un boulot stable et que sa vie n’est pas si mal après tout, il n’y a pas de quoi se plaindre... « aller je lève le bras ! »  Et zut c’est toujours moi le dindon de la farce.

-Pour le mauvais vin, dans votre tête vous calculez les économies que vous allez faire en achetant le Blanc à 3.99 au lieu de la bouteille à 8.99 qui à l’air quand même méga classe et celle à 15 balles, je t’en parle même pas. Mise en bouteille au château et tout le tralala ! Ça fait  quand même bien rêver, mais c’est la moitié du prix total des courses...bref ! pfff qui vous seriez pour vous octroyez ce petit plaisir du palais, alors que vous faites bouffer à vos gosses les pâtes Delhaize à 99 cents les 500 grammes. 


Je crois qu’on a toutes et tous compris le principe de Mademoiselle Culpability, en gros elle n’en n’a aucun… principe.


Maintenant je vais vous parler d’une chose magique, qui pourrait changer votre existence, et je ne plaisante pas. 

Cette chose magique c’est l’attention.


Et je vous rassure ce n’est pas de la digression, non avec l’attention on va continuer à dérouler le fil du « s’aimer soi en premier lieu. » En fait avec l’attention, on va être capable de repérer naturellement les moments où l’on ne se choisit pas. Parce que l’attention, et notamment l’attention à soi, est un synonyme direct de « s’aimer soi en premier lieu. » Tout dépend évidemment sur quoi et comment on porte cette « attention. » 

Lors d’une interview au sujet du livre « Et si tout ça n’était qu’un Jeu », la conclusion de l’échange avec l’interviewer a été de ramener cette observation différente de notre existence, qui est le sujet principal du livre, à une question d’attention. 

Une attention qui demande de l’attention. 

Être attentif à être attentif. 

On s’amuse à s’observer attentivement, jusqu’à ce que cela devienne naturel de débusquer notre justesse.  Je dis bien « Notre justesse . »


- J’arrive dans une soirée, dans laquelle j’ai eu envie d’aller, (par exemple ce soir). Si ce n’est pas le cas j’examine pour quelles raisons je m’y rends quand même. J’essaie de trouver un endroit en moi, en toute honnêteté attention, qui fait de cette sortie, a priori forcée, un évènement qui pourrait emprunter un tournant véritablement agréable. Si je n’y parviens pas, je m’efforce de trouver un moyen de rentrer chez moi, un moyen bienveillant, c’est toujours mieux vis à vis de mes hôtes, pour ne pas m’user à faire semblant. Si la soirée me plaît par contre, je fais en sorte, dans mon auto-observation, de ne pas me travestir face aux situations qui se présentent à moi. Plutôt que d’essayer constamment d’être la bonne personne, je m’offre d’être qui je suis et par répercussion je l’offre aux autres. La justesse de mon comportement, fait résonner inconsciemment la justesse chez l’autre, comme une note de musique qui se reconnaît naturellement. 

L’idée de l’attention accrue, est de s’émanciper des condamnations qu’on s’inflige à longueur de temps. « Je suis trop comme ceci, pas assez comme cela. Etc. Etc. » 

Non, je suis comme je suis, et bien que cela semble être peu parfois, j’apprends à chérir ce peu, à le reconnaître profondément et à l’aimer.


Vous voyez pourquoi j’associe l’idée d’attention à soi avec s’aimer soi en premier lieu ? Et pourquoi ce n’est pas quelque chose que l’on peut juger à la va-vite comme étant égoïste. 

Être attentif demande un certain courage. Le courage de se regarder en face avec honnêteté, juste pour ce que c’est, sans aucune attente de quoi que ce soit. On n’en tirera rien sur le moment,  il est même fort possible qu’on se retrouve jugé parce que, par exemple, on aura accepté d’être lâche car on avait peur. L’idée, c’est de ne pas être dans le déni de qui l’on est, ne pas se prendre pour autre chose. Quelqu’un ou quelqu’une qui sait reconnaître sa lâcheté, ne peut le faire qu’à la mesure de son courage. Et inversement, quelqu’un ou quelqu’une qui se vanterait d’être courageux ou courageuse, ne peut le faire qu’à l’aune de sa propre lâcheté. Quelqu’un donc qui se retrouvera pétrifié de peur devant une certaine situation, pourra dans d’autres circonstances agir avec un courage que d’autres n’auront pas. 


Se reconnaître dans ses faiblesses autant que dans ses forces n’est pas un problème pour qui a le courage de le faire. L’attention c’est s’ajuster parfaitement à qui l’on est, dans le seul instant qui existe. Trouver notre justesse.


On voit parfois des gens qui semblent totalement en adéquation avec qui ils sont, et ce, même s’ils n’agissent pas de la « bonne » manière, selon notre subjectivité. Ils font ce qu’ils font et il n’y a aucune fausse note apparente à déplorer, c’en est gênant. Ils sont parfaitement alignés dans leur justesse. 


Vous savez pourquoi c’est gênant ? 

Parce qu’inconsciemment leur harmonie qui se propage, vient chatouiller la disharmonie de ceux et celles qui se sentent gênées. Et qui pensent l’être à cause de la manière non appropriée d’agir des ces « sans gêne ».


Je me suis déjà retrouver à me dire, en voyant un de ces « Vivaldi de la vie », « Il est un peu prétentieux non ? » Et en fait non, pas du tout. La personne dit seulement ce qui est pour elle, et ne s’en excuse à aucun moment. Pas de signe de culpabilité d’être qui elle est. Et ça ça fout les boules au système de celui ou celle qui côtoie encore quotidiennement... Melle Culpability.

Ça vous est déjà arrivé à vous ce genre de gêne causé par des gens qui semblaient comme des poissons dans l’eau avec leur comportement. Alors par contre je ne parle pas des gens qui en font des caisses, les gens poisson dans l’eau, on va les nommer ainsi, ne sont pas des m’as-tu-vu, ce sont souvent des gens juste en adéquation avec eux-même qui ne cherchent même pas à faire de vague. Ils ou elles disent seulement ce qu’ils ou elles ont à dire et parfois même, ils ou elles ont l’incroyable politesse d’attendre qu’on les interroge. Donc c’est sûr on ne parle pas de ceux ou celles qui en font des caisses. 

Donc, ça vous dit quelque chose les gens poissons dans l’eau ? (...)


Bon maintenant à votre avis, qu’est ce qu’il va se passer quand on va parvenir à s’aimer dans notre médiocrité la plus majestueuse ? Parce que soyons honnête, quand on s’aime pour la plupart d’entre nous, c’est pour les « bonnes » choses qui émanent de nous. La beauté, la gentillesse, le talent, la générosité, la mignonitude, enfin vous voyez, les « bonnes choses ». Peu d’entre nous en se regardant le matin dans la glace, alors qu’il voit une gueule à déterrer des morts et tout un tas de casseroles au cul qui vibrent encore, se déclarent leur amour dans une transe incontrôlable. 

Soyons honnête, c’est rare. Oui on est toujours sur la même histoire. C’est complexe plein de petites ramifications.

Et pourtant, si on parvenait chaque jour, à se dire d’une façon naturelle et pleinement ressentie : « je t’aime, parce que tu es comme tu es » Wao.


Alors ? Et si on s’embrassait complètement dans ce qui nous apparaît comme notre insignifiance ? Quelles répercussions ça aurait sur vous et sur le monde qui vous entoure ? 

Je vous écoute… 

et je vais même prendre des notes. 


Allez-y, soyez folles, soyez fous, soyez comme des enfants qui viennent de naître (…)




Nous vivons apparemment tous dans un monde qui nous abreuvent de récits. 

Des récits qui nous influencent plus ou moins apparemment beaucoup dans nos trajectoires d’existence. 

Des récits qui font souvent la part belle au triptyque bien connu : « Amour Gloire et Beauté », pour synthétiser simplement les choses. 

On nous vend beaucoup de : toujours plus beau, toujours plus belle, plus fort, plus riche plus grande, plus plus plus toujours plus… et inéluctablement, nos désirs inconscients sont chatouillés, par le fait de participer à cette grande fête de la réussite à tout va. 

Qui n’a pas rêvé d’être plus riche, plus attractif, qui n’a pas rêvé d’avoir plus de succès dans son existence ?  A quelque échelle que ce soit entendons-nous on est pas tous Madonna ! Oui je suis vieux et alors, j’aurai pu dire Edith Piaf !


En étant exposé en permanence à des images, des messages, des pubs, des films, des réseaux sociaux qui nous font miroiter des vies incroyables, transcendées et exaltantes, il est compliqué de ne pas être aspiré soi-même, par le désir d’être autre chose que ce qui semble que l’on soit. 

Contrairement à ces réseaux sociaux et autres images qui sont des moments choisis et parfaitement calculés pour vendre du rêve, nous vivons , semble-t-il, 24h sur 24 avec nous-même. Dans ces conditions, difficile de rivaliser.


Alors on fait quoi ? 

On court après une envie, un besoin d’évolution, d’amélioration de qui l’on croit être. On essaye d’atteindre un objectif précis, par rapport à un modèle qui nous aurait séduit, qui nous aurait été parfaitement vendu à un moment donné. Et on y parvient, plus ou moins parfois, ou pas. Mais au final, ça ne nous satisfait quasiment jamais, et une nouvelle lubie s’empare de nous, parce qu’il faut toujours plus… l’humain ne peut pas se satisfaire de la stagnation ou difficilement. Et on est reparti à l’assaut de ce qui semble être nos failles, par le truchement d’objectifs qui n’ont de sens, que de nous faire croire, qu’en les atteignant, on parviendra à devenir qui l’on croit devoir devenir, pour enfin être quelqu’un de valable aux yeux de… 

Aux yeux de quoi d’ailleurs ? 

C’est vrai ça, on ne sait pas vraiment ? 

On fait ça pour qui ? 

Pour quoi ? Vous savez me renseignez sur ça ?

(...)


Si on se penche un peu sur ce « pour-qui-pour-quoi », on peut voir qu’il est déterminé, par les changements incessants d’une société qui ne parvient pas non plus, à s’établir durablement, dans un état de satisfaction. Une sorte de cercle vicieux qui est, en plus, entraîné dans une accélération de lui-même. Machine à laver en mode essorage de ciboulot.


Est ce qu’on est plus ou moins d’accord sur ce que je viens d’énoncer ? 


OK. Maintenant balayons tout ça. 

On oublie, on fait fi de ce monde qui semble vouloir, sans cesse, nous dicter ce qu’il faut avoir ou faire pour être un minimum valable. 


On se regarde de haut en bas, de fond en comble et on oublie surtout plus d’accepter nos creux et nos bosses. Sans ces creux, ces bosses, ces failles, ces choses qu’on occulte plus ou moins consciemment, selon les circonstances, le puzzle de nous-même ne sera jamais complet et il n’y aura jamais d’acceptation de qui l’on est. Parce qu’on ne peut pas se la faire soi-même à l’envers, on sait pertinemment qu’il manque des pièces au puzzle, des pièces un peu merdiques c’est vrai, mais peu importe, ça reste des pièces de notre fichu puzzle.


Une fois que le puzzle est là, complet donc, face à nous, aussi petit soit-il ce puzzle, aussi banal ou pas, selon ce qu’on en pense sur le moment, il représente ce que l’on est : notre majestueuse petitesse. Et enfin, peut-être, pour la première fois, on va pouvoir se donner la possibilité d’explorer le potentiel infini de cette petitesse. Car jusque là, à vouloir imaginer être autre chose que ce que l’on était véritablement, on omettant sciemment une partie de nous-même, ils étaient certainement rares les moments où l’on puisait dans nos vraies potentialités de façon consciente. 


Reconnaître enfin sa petitesse, c’est ouvrir la porte à tout son potentiel. 


Imaginez, Mozart sur Tik tok, abreuvé dès son plus jeune par des vidéos ahurissantes de footballeurs de génies qui brassent des millions. Wolfgang Amadéus s’évertue alors, à tout prix, à se spécialiser dans la discipline footballistique à coup d’entraînements de psychopathe. C’est un vrai forcené. Et plus il s’injecte par la rétine les images de ces as du ballon rond, plus son désir d’être pareil, lui vampirise l’esprit. En plus, en lui sommeille le goût du légendaire, la fibre des grands de ce monde. On se demande bien pourquoi ? « No Pain No Gain » devient son mantra. Malheureusement, il ne parvient qu’à trop peu de résultat satisfaisant à son goût et ça lui déchire l’âme. Il se sent minable à côté de ses potes qui sont tous bien plus doués que lui balle aux pieds. Et s’il n’y avait que ça, ça serait déjà un désastre, mais Wolfgang Amadeus Mozart aurait au fil du temps développé, semble t-il, une sorte de sensibilité musicale qui fait tache dans son monde de footeux. Il s’en prend plein la tête, ses potes le charrient à longueur de temps et le surnomment «Loudfik Fon Beethoven ».

C’est la honte intégrale, un tocard absolu le Mozart.

Résultat, il enfouit cette sensibilité gênante tellement profondément en lui, qu’elle disparaîtra de son horizon, définitivement.


Voilà, en gros c’est ça le concept de la petitesse et du potentiel qu’elle pourrait renfermer. 

Je dis pas qu’on est tous Mozart, mais comme l’a dit Albert Einstein je crois : « on ne juge pas un poisson à sa manière de grimper aux arbres. » Un truc du genre.


Alors pour conclure je me dis qu’il serait de bon ton, pour pas faire comme ce Mozart, d’être attentif à soi et de s’aimer dans ce que cette attention nous apprend de nous. Et de le faire en premier lieu, pour s’éviter de croire qu’on doit être bon dans une discipline qui ne nous correspond pas par exemple. Ainsi, une fois qu’on est bien installé dans le confort de cette attention à nous-même, l’attention aux autres, l’attention à tout devient notre nature profonde, et j’adorerais qu’ici, durant ces soirées Cogito, l’attention à soi, aux autres et à ce qui est par nature, soit une évidence… et puis perdure même, au-delà de ces murs.


Merci à toutes et tous pour votre attention.


 
 
 

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